Vaincre le SIDA par la liberté d’aimer

Publié le 11 Décembre 2007

Le 1er décembre 2004 par Dominique Morin

Atteint du SIDA depuis le début des années 80, Dominique Morin n’apprendra qu’il est malade qu’en 1994. Depuis, il mène un combat quotidien contre sa maladie, prenant appui sur sa foi retrouvée depuis 1986. Aujourd’hui âgé de 48 ans, oblat bénédictin, il est devenu un défenseur de l’Amour vrai, loin des campagnes de lutte contre le SIDA uniquement centrées sur le préservatif et dénonce les pièges pour la liberté et l’amour promus par une société matérialiste et désespérée.

 

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Dominique Morin

 

Tombé adolescent dans la drogue, le sexe et la violence, j’y ai consommé ma vie et celle des autres. J’ai vite perdu la foi dans la vie et l’amour à un âge ou j’aurais du déborder d’enthousiasme pour eux. Quatre ans plus tard, la situation me dépassant, je décide de suivre l’ordre naturel qui peu à peu me pacifie. Retrouvant l’estime de moi et des autres, je retourne aussi vers l’Eglise.

La grâce commence à œuvrer en moi par la prière et les sacrements. Une confession générale me rend la dignité dont je m’étais dépossédé. Cette libération intérieure me permet de découvrir les joies chastes de l’amitié avec des femmes. Il y a 14 ans maintenant, je découvre mon infection sida remontant alors à 13 ans.

Une liberté mal comprise m’avait enchaîné à ma faiblesse. Pour me libérer de l’esclavage de mes instincts, je prends conscience que mes comportements, stériles et dangereux, me détruisent sur le plan affectif. Je veux nettoyer mon esprit, mon cœur et mon corps en revenant à l’ordre naturel puis avec la fécondité de la grâce de Dieu, la guérison peut s’opérer. Un combat quotidien contre mon égoïsme, mes passions, l’impureté qui mène au dégoût de soi, et autres obstacles m’amena sur le chemin exigeant d’une liberté authentique. Une affectivité envahissante avait souvent faussé mes choix en venant parasiter mon esprit critique.

Je m’impose donc la prudence dans mes relations. Mes instincts déchaînés m’avaient trop souvent dominé. Je commence alors à pratiquer l’abstinence puis la voie royale de la chasteté. L’amitié, une découverte pour moi, avec des femmes catholiques finit de me convaincre qu’une relation fondée sur la confiance et le respect est inestimable et qu’elle récompense largement de tous les sacrifices consentis. La chasteté passe aussi par notre regard sur la beauté féminine d’où peut naître la convoitise. D’où l’importance pour les hommes d’une purification de leur regard et de leur esprit mais aussi pour les femmes d’une exigence dans leurs tenues et leurs attitudes.

Quand je pense aujourd’hui à ma consommation sexuelle de naguère, je rendrais volontiers tous ces plaisirs dérisoires en échange de ma virginité pour l’offrir à celle que j’aurais aimé épouser si je n’étais malade incurable. Mais la vie n’est pas un film et je dois assumer mes actes dans leurs conséquences.

Je le dis souvent aux jeunes devant qui je témoigne dans des écoles. Jamais un seul n’en a ri. Au contraire, beaucoup me remercient de leur parler honnêtement avec cette exigence et me confient leurs propres aspirations qui ne sont pas si éloignés des miennes. Que de pépites d’or qui traînent dans la boue ! Je leur rappelle que la fécondité de tous ces sacrifices est possible par la puissance de la grâce, don gratuit de Dieu offert à tous.

L’échec des campagnes de « lutte contre le sida » aurait du amener à remettre en cause une sexualité désordonnée érigée en dogme libertaire. La jeunesse qu’on juge souvent hédoniste aspire, même si elle n’y parvient pas toujours, à autre chose que la médiocrité dont elle peut constater d’expérience les fruits empoisonnés. Cet âge reste celui de l’héroïsme et de la générosité. Quand ils se mettront en route pour suivre la vérité, ils nous étonneront sûrement.

Offrons-leur la possibilité d’entendre un autre discours que celui, réducteur et irrespectueux, qui leur est imposé même dans certaines écoles dites catholiques ou par certains bergers égarés. Heureusement il existe autour d’eux nombre de jeunes qui témoignent de leur joie de suivre le Christ.

Si notre faiblesse morale ou nos doutes d’adultes ne leur font pas obstacle à la vérité, j’affirme que les tous jeunes y sont accessibles ! A condition d’entendre autre chose sur la sexualité et l’amour que le mensonge imposé de techniques et de produits pour réduire l’amour humain à une dérision dangereuse pour eux. Ce sont eux seuls qui auront à assumer ce que nous leur proposons parfois légèrement. Ceux qui se bafrent de « liberté de choix » ne la supportent en réalité que si on partage leur propre choix. Et leur tolérance n’existe qu’envers ceux qui pensent comme eux.

Cessons d’être complexés, sidérés par leur art de la diabolisation. Il n’y a vraiment aucune raison d’avoir peur de ces groupes de pression qui ne sont puissants que de nos faiblesses, de notre frilosité et de nos divisions.

L’Eglise nous propose des exigences réalistes acceptables par une conscience droite, un chemin de bonheur. Pouvoir faire des choix, établir des relations durables et saines entre nous, sont les avantages d’une vraie liberté qui est source de joie féconde. Plus de fatalité, de peur ni de mort au bout de la route. Nous redevenons capable d’aller vers l’autre et de l’aimer vraiment. Mais pour en prendre les moyens, ne perdons pas de vue le but de notre existence, la Vie éternelle qui commence ici-bas à travers notre vie terrestre.

La Loi de Dieu est destinée à nous libérer, pas à nous asservir, et éclairer notre conscience pour guider nos choix. Sans ma grâce, vous ne pouvez rien nous dit Jésus. Si la peur ne nous paralyse plus, la vérité pourra alors nous éclairer et nous permettre d’aimer en toute liberté. La seule liberté qui vaille la peine, c’est d’être capable de recevoir et donner de l’amour, sans peur ni danger.

Car l’enfer, ce n’est pas les autres, c’est de ne plus être capable d’aimer.

Dominique Morin


P.S. : Des lettres ont été écrites par Dominique Morin à l'attention d'un public jeune. Elles sont regroupées dans la catégorie :  Les lettres de Dominique Morin 

Rédigé par François

Publié dans #Chemin

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