La pornographie ou l’amour condamné à mort

Publié le 11 Décembre 2007

Cher jeune,

Je voudrais m’adresser à toi sur ce sujet si délicat qui renvoie chacun à sa fragilité. Beaucoup de garçons en parlent grossièrement pour se défouler ou choquer, mais aucun ne se vante de ses conséquences intimes si pénibles. J’ai moi-même découvert ma sexualité dans une grande ignorance, autant gêné que perturbé par la puissance de ces instincts naissants. Le discours qu’on me tenait à l’école ne m’apportait aucune réponse, me fournissant juste des techniques pour gérer et subir ma sexualité. Ils appelaient ça la liberté sexuelle. Influencé par mes copains, je suis allé chercher ailleurs et j’ai laissé mon regard, mon cœur et mon corps se polluer par la pornographie. N’ayant jamais appris à ordonner cette sexualité, je ne pensais qu’à coucher avec des filles. Au début, c’était super, mais au bout du compte c’était toujours un échec. Le plaisir qu’apporte le défoulement s’oublie mais l’échec de l’attachement affectif demeure comme le sentiment d’être passé à côté de l’essentiel. Pour mon malheur, j’ai vite pris goût à réduire l’amour à du sexe, avec un regard sale, incapable d’aimer la personne avec qui je partageais une si grande intimité malgré parfois des sentiments réels.

Devenir cynique et jouer avec les sentiments de l’autre, mentir et utiliser l’autre comme un objet a été mon seul idéal d’adolescent et à vingt ans, je ne croyais plus en rien. J’y ai aussi contracté le sida avec une pauvre fille qui en est morte depuis. C’est finalement assez logique.

Les défenseurs du prétendu amour libre, derrière leurs beaux discours, plutôt que de dénoncer ce sort fait à l’amour, ont en réalité renoncé à aimer pour se résigner à se consumer en se consommant. Ils défendent cela comme un progrès, mais si vous aspirez encore à aimer en vérité, ne croyez pas leurs discours qui réduisent l’amour à la solitude, à la peur, voire à la mort.

Adolescent, je n’avais pas à ma disposition tout le progrès technique actuel, Internet, dvd, qui envahissent votre intimité de tentations innombrables. Quand j’aborde le sujet devant des jeunes en témoignant dans les écoles, beaucoup baissent les yeux. La liberté d’y échapper n’existe plus pour eux. Les spots publicitaires, les affiches, n’importe quel film, jusqu’aux modes féminines, la suggestion est permanente. Et le soir, ils se retrouvent seuls à un clic de souris entre la proposition et leur faiblesse. Comment pourraient-ils lutter ?

Le vrai problème nié par les esprits forts, c’est qu’ils n’ont pas reçu de véritable éducation à la maîtrise de leur sexualité leur permettant de l’ordonner vers une aspiration à un Amour vrai tourné en dérision par des théories sexuelles qui réduisent l’homme à ses instincts.

Ne vois-tu pas que la pornographie est un poison violent qui a commencé à se diffuser par l’érotisme apparemment plus anodin mais qui appelait déjà à convoiter l’autre comme un objet. L’amour vrai est sacrifice pour l’autre qui rend possible la joie du don comme le moine qui renonce à l’amour d’une personne pour se donner à Dieu. Aujourd’hui notre environnement est infesté de stimulations qui éveillent l’imagination sexuelle et déchaînent des pulsions chez des hommes mais aussi dans une moindre mesure chez des femmes. Sommes-nous encore libres d’aimer face à ce torrent ?
Non, la pornographie n’est en rien anodine, elle n’apprend rien, elle ne détourne pas les pulsions. Elle est profondément destructrice, insidieusement et s’inscrit dans ta mémoire. A la différence d’un disque dur, tu ne peux pas la nettoyer et des flashs reviendront quand tu regarderas une fille, quand une conversation éveillera en toi un souvenir, quand tu seras avec une amie et que ta mémoire t’échappera et ton imagination s’enflammera. Quel gâchis !
Cela vaut-il la peine de risquer de ruiner des relations qui peuvent être chastes et respectables, de ne voir les filles que comme des objets, aidé malheureusement en cela par certaines tenues et modes actuelles ?

Crois-tu pouvoir y échapper si tu laisses ta vue, puis ton esprit et ton corps se souiller par ce spectacle dégradant ou les personnes sont réduites à la bestialité des instincts de l’autre ?

Alors, ne te voile pas la face, il faut réagir pour ne pas tomber dans ce piège qui dévalorise des milliers de malheureux en les enfermant dans une dépendance.

Refuse le mensonge de la pornographie sous toutes ses formes. L’amour est liberté authentique et joie alors que la bestialité dégrade les personnes. L’explosion actuelle des agressions sexuelles et de l’instabilité de si nombreux couples n’est pas sans lien avec ces pulsions déchaînées et cette chosification des personnes.

L’être humain est nié dans sa dignité d’enfant de Dieu, comme aussi la différence homme et femme appelés à unir leurs capacités pour construire ensemble et donner la vie. Différence qui permet de s’offrir et de s’unir pour s’accomplir ensemble et qui est méprisée pour une tyrannique loi des désirs et des pulsions.

Comment être respecté et admiré quand on devient dépendant du désir de l’autre, de ses pulsions désordonnées voire perverses ?

Comment donner le meilleur de soi et mériter la confiance quand on est débordé par une nature sexuelle livrée à elle-même ?

La pornographie est un crime contre chacun d’entre nous et les promoteurs de ce mensonge qui en vivent grassement sont des criminels. Allons-nous nous taire parce que nous sommes un moment tombé dans leur piège, que la tentation nous guette encore ?

La grâce de Dieu n’abolit pas la nature et nous ne sommes pas responsables de ce que nous subissons. Sans notre dignité que la miséricorde de Dieu nous rend si nous l’avons perdu, serions-nous encore des êtres humains ? Pouvons-nous subir seuls cette souffrance, fréquenter sans risque ceux qui s’y sont résignés voire appeler ce mal un bien ?

Bien sûr que non, alors plutôt que de subir, battons-nous sans relâche. Par des choix quotidiens, qui sont plus difficiles que des grandes décisions parce qu’à recommencer sans cesse, éviter Internet aux moments dangereux, refuser de regarder des films et des sites malsains, cesser de fréquenter des copains qui nous y ramèneraient. Certains choix rendent libres, d’autres esclaves.

Deux visions de l’amour s’opposent radicalement. L’une qui envisage l’amour comme un don réciproque total dans la confiance et ouvert à la vie. Elle suppose la foi dans l’amour et se donne les moyens nécessaires à cette fin. L’autre refuse le don de la vie, conditionne le don aux désirs de chacun et rend la confiance impossible. Le sexe défoulement a supplanté une sexualité ordonnée à une stabilité affective, ce dont j’ai souffert comme tant d’autres jeunes qui subissent les conséquences de cet anti-amour égoïste et désespéré. La pornographie est la conclusion inévitable d’un amour qui n’est plus appelé au dépassement de soi et à la fécondité.
Dieu nous a créés non pas pour nous empêcher d’être libre et heureux mais au contraire pour permettre à notre liberté de rendre possible notre bonheur. Tous les commandements de l’Eglise vont dans ce sens, ils ne sont pas contre mais pour un plus grand bien.

Toi qui aspires, secrètement peut-être, à un grand amour qui dure, relève ce défi. Considère ces tentations, ces suggestions et tous ce qui va dans ce sens comme des souillures qui t’empêcheront de pouvoir vous donner et vous recevoir dans la véritable joie avec celle que tu aimeras. Personne ne mérite cette dégradation de soi, de l’autre, de l’amour.
Je pleure ma pureté perdue pour un peu de plaisir. Si je pouvais rendre tout ce plaisir pour ma virginité, je n’hésiterais pas un instant. Mais il faut assumer mes actes  et je ne peux que regretter les quelques minutes dérisoires de plaisir auquel m’avait condamné tout le poison dont je m’étais nourri auparavant. Seule la chasteté m’a rendu capable d’être libre parce que maître de mes instincts pour aimer en vérité. Ne fais pas cette erreur et refuse de salir ton regard, ton cœur et ton corps. Deviens authentiquement libre par tes choix d’aimer en vérité.
Tu as été créé pour de grandes choses pas pour la médiocrité ni la tristesse de ceux qui ne savent plus aimer. Demeure ou redeviens capable de te respecter pour respecter celle que tu aimeras. Demande à Dieu son aide et ne te décourage jamais. Je prie pour toi. 

Dominique Morin

Rédigé par François

Publié dans #Lettres et entretiens : Dominique Morin

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