Lettre à une jeune catholique à la mode

Publié le 11 Décembre 2007

J’aimerais, à partir de ma propre expérience, réfléchir avec vous sur certaines attitudes.
J’ai brûlé mon adolescence dans des expériences désordonnées, avec le désir sexuel comme moteur et une affectivité exacerbée comme boussole. Croyant à l’époque que ces pratiques seraient une initiation sans conséquences, j’y ai pourtant appris à mentir et à tricher en amour, et j’y ai contracté le sida. Un jour, j’ai enfin quitté tout ça pour essayer de construire ma vie. Mon retour vers la foi catholique a donné un sens à cette quête. Il y a dix ans que je connais mon infection et, tout en combattant la maladie, je témoigne de la beauté de la chasteté et de l’amitié. Car même si mon cœur et mon corps restent marqués au fer rouge, le pardon de Dieu a guéri mon âme et les relations très chastes que j’entretiens depuis avec des femmes m’ont appris à croire en l’amour.
Autour de nous règne le culte du plaisir et de la superficialité. Monde de mensonge et de solitude ou l’homme et la femme, orphelins d’un Père qu’il ne connaisse pas ou ont renié, cherchent là une raison d’être. Cette influence, que nous subissons tous, d'une façon ou d’une autre, s’appuie sur la faiblesse humaine livrée à elle-même.
A l’adolescence, le corps se transforme et l’imagination sexuelle s’éveille. La fille découvre sa fécondité, transformation intérieure de son corps qui fera d’elle un jour une femme. Ce même corps commence à prendre des formes féminines explicites qui va attirer naturellement le regard des garçons. Elle devient une jeune femme et lui un jeune homme. La pudeur lui permet alors de protéger l’intimité de son corps qui se transforme, du regard de convoitise que cette découverte peut provoquer chez le garçon. Cette chasteté peut-être inconsciente est en tout cas un signe évident de délicatesse. Le garçon découvre sa sexualité très extérieurement à travers une génitalité bien envahissante. La première image que la jeune fille donne d’elle étant souvent sa tenue, quel sera l’impact sur lui d’une cuisse dévoilée, d¹un pantalon très collant ou d’un décolleté ? N’oubliez pas que le garçon vous regardera avec sa psychologie à un âge où ce qui n’est que séduction « innocente » pour la fille sollicite sexuellement le garçon. Vos relations s’en ressentiront forcément, même si le garçon n’ose vous avouer sa faiblesse. Aidez-le à s’élever et à grandir en étant délicate à son égard par votre exigence, en ne tentant pas sa grande fragilité.   
La séduction cherche à attirer à tout prix le regard de l’autre. La provocation et le souci de choquer aussi, d’une autre manière. Êtes-vous sûre de respecter sa liberté en provoquant son regard ? Supporteriez-vous qu’avec sa force physique, qui est son point faible avec l’instinct sexuel, il vous force à s’intéresser à lui ? Chacun a la responsabilité envers l’autre de le laisser libre de son choix. Quelle tristesse que des femmes, jeunes ou adultes, sollicitent notre convoitise  envers un corps que, malgré notre nature fragile, nous sommes aussi capables de regarder chastement ! Si chacun n’aide pas l’autre, dans un souci de respect mutuel, cela sera vite une source de conflits entre nous. Observez simplement autour de vous une société ou ne règne que la séduction, le besoin de paraître et l’égoïsme. La souffrance et la solitude ne sont jamais bien loin et la satisfaction bien éphémère et dérisoire.  
L’instabilité affective et l’impudeur actuels découlent d’une méconnaissance voire d’un refus de la faiblesse humaine et de l’absence d¹une éducation à la pudeur et à la prudence. La beauté féminine est appelée à être mise en valeur autrement que par une médiocre entreprise de séduction charnelle. Mais les modes vestimentaires sont parfois si ambiguës qu’il est souvent difficile, voire impossible de ne pas être attiré par le spectacle d’un corps outrageusement mis en valeur. Est-ce que la femme n’aurait d’intérêt que pour les formes de son corps offertes à tous ? Je ne l’ai jamais pensé mais que faire sinon se résigner à subir ou protester comme je m’exerce à le faire ?
Ce que je sais d’expérience, c’est ce que va penser un garçon en voyant un corps dévoilé. Sa pensée va s’arrêter à ce qu’il voit et il risque de ne pas aller plus loin. En quelque sorte, de réduire la femme aux formes qu’elle met excessivement en valeur. J’en parle souvent avec des garçons qui me confient sincèrement leur gêne qu’ils n’avoueront jamais aux filles.

Venons-en maintenant à l’essentiel.
Notre foi catholique nous enseigne que notre corps est le temple du saint Esprit. Nous allons nous confesser pour lui avoir manqué de respect afin de retrouver l’amitié de Dieu en redevenant disponible à sa grâce. Chacun de nos actes visibles témoigne de notre foi. Il n’est pas certains actes relevant du spirituel ou Dieu aurait droit de cité dans notre vie, et d’autres ou il devrait rester à l’écart. Notre attitude à l’égard de notre corps est comme une façon d’exprimer notre pensée. Qui se néglige ou met trop d’attention à son apparence déforme le miroir de la création que Dieu a mis en lui en s’attachant excessivement à la superficialité à notre seul profit, souvent en plus au détriment de la vie intérieure. Ce qui est le cas de la séduction ou de l’agressivité vestimentaire. Notre corps est un instrument qui doit nous permettre de réaliser de grandes choses. C’est pour cela qu’il faut le respecter et être délicat à son égard car notre âme a besoin d’un écrin qui la mette en valeur, pas d’un écran qui la cache ou la déforme.
Notre Dieu n’est pas un Dieu sévère et cruel. Il s’est incarné, a vécu notre condition et est mort ignominieusement sur la Croix pour nous racheter. C’est la preuve évidente de son amour sans bornes pour nous. Egarer sa volonté dans une pauvre entreprise de séduction ne risque-t-il pas de vous éloigner d’un Amour si doux et miséricordieux ? Vous n’y aviez probablement jamais songé auparavant, où vous aviez confondu indulgence avec complaisance. Est-ce qu’en allant à la messe, en priant un peu, en respectant certaines règles morales exigeantes, vous pensez en faire bien assez ? Je comprends que le monde est fascinant, brillant, tentant, comme le mal l’est bien plus que le bien qui ne brille ni ne fascine mais tiendra ses promesses qui sont d’un autre ordre, vrai et fécond. Suivre l’esprit du monde dans le domaine de la mode puis, qui sait, notre nature est si fragile, des relations dangereuses est vraiment un risque spirituel pour vous. Dieu, qui ne reprend pas sa fidélité, vous dit sans cesse « je t’aime comme tu es, mon enfant ! » mais le beau jeune homme qui vous regarde séduit ou émoustillé, flatte votre vanité et vos sentiments et risque de vous faire tout oublier. Pourtant, vous devez faire des choix aussi dans ce domaine et les attitudes provocantes sont un choix dont vous n’aviez peut-être pas conscience jusque là. Je précise que si je parais m’en prendre aux femmes plus qu’aux hommes, c’est que Dieu leur a confié d’éduquer les hommes et que, si le péché originel les a réduit à séduire, elles restent néanmoins appelées à redevenir nos éducatrices. Prenez cette lettre comme un hommage à votre vocation.
Dès le matin, je m’arme par la prière afin d¹inspirer le respect et la discrétion. Ma vie spirituelle m’a appris que la vie intérieure compte plus que tout, apaise les sentiments et les passions, rend plus délicat et disponible à Dieu et aux autres en nous éloignant des obstacles de notre nature et notre volonté. La délicatesse à l’égard des autres est un de ces signes d’une âme apaisée par la prière. Commencez par-là ou plutôt continuez, revenez sans vous lasser à la prière qui laisse Dieu agir en vous et vous rend disponible à son amour. Laissez sur le bord de la route les influences, les tentations, le désir de paraître et allez à l’essentiel. Vous y trouverez Dieu et votre véritable valeur. En découvrant que vous êtes aimable et aimée pour vous, comme vous l’êtes réellement, vous serez moins sensible aux influences de recherche de séduction ou de provocation, venant souvent de personnes mal dans leur peau. Vous cesserez d’être superficielle quand vous aurez repris le chemin de la Vie intérieure. Je vous souhaite ce merveilleux cheminement vers la vraie beauté de l’âme d’une femme. Beauté dont ont aussi besoin les hommes pour que nous puissions monter et grandir ensemble.

Dominique Morin

Rédigé par François

Publié dans #Lettres et entretiens : Dominique Morin

Repost 0
Commenter cet article